
Depuis le début du mouvement des lycéens le 21 septembre 2026, on constate un recours massif à la garde à vue (plus de 6.000 personnes, dont 86 % de mineurs, selon les chiffres du ministère de la justice).
Pour avoir assisté plusieurs mis en cause en garde à vue suite à des manifestations lycéennes ces derniers jours, je m’interroge sur la pertinence des moyens employés étant donné qu’une majorité de ces gardés à vue ne seront pas poursuivis.
Je prends le cas récent d’un groupe de lycéens situé à proximité d’un « casseur » inconnu et masqué, utilisateur de mortier d’artifice en direction des policiers. Le groupe de 4 lycéens est interpelé par la police (l’utilisateur du mortier d’artifice a en revanche réussi à s’enfuir). Les 4 lycéens sont placés en garde à vue pour un motif grave : violence sur PDAP (Personne Dépositaire de l’Autorité Publique). Au terme de la garde à vue, je constate qu’aucune charge n’est retenue contre mon jeune client (l’un des 4 lycéens) et que la garde à vue avait en fait pour seul objet de le questionner sur les faits comme un simple témoin (et j’imagine qu’il en a été de même pour les 3 autres lycéens).
– Maître, vous avez des observations ? (au terme de la garde à vue, l’avocat a la possibilité de poser des questions ou d’émettre des observations).
– Ben oui, je ne vois pas pourquoi mon client a été placé en garde à vue étant donné qu’aucune charge n’est retenue contre lui. Une convocation à audition libre aurait été plus appropriée.
Stupeur des deux policiers :
– Maître, vous ne vous rendez pas compte, on n’a pas le temps d’organiser une convocation à audition libre. Avec la garde à vue on les a sous la main (sous-entendu : à disposition dans les geôles pendant 24 heures, hors renouvellement éventuel).
Les policiers, les gendarmes et le parquet auraient ils oublié que la garde à vue n’est pas un classique interrogatoire de vérification d’identité mais une mesure privative de liberté encadrée juridiquement ?
Que le recours massif à la garde à vue indifférenciée porte atteinte au droit de manifester, un droit constitutionnellement garanti ?
Ce coup de gueule d’un petit avocat de province n’a pas pour objet, vous l’aurez compris, d’exonérer de garde à vue les auteurs de violences contre les personnes (et notamment les forces de l’ordre) ni les auteurs de dégradations. En revanche, l’interpellation massive, sans distinction entre les simples témoins et les auteurs, paraît complètement disproportionnée, inadaptée à la situation et même contre-productive pour calmer la colère sociale.
