Une femme d’une trentaine d’années toque à la porte du DRH d’une entreprise moyenne de plus de 50 salariés de la banlieue parisienne.

Le DRH (un homme d’une cinquantaine d’années), range son code du travail et répond d’une voix grave, mâle et néanmoins hésitante : OUI ?

La femme entre et s’installe. Elle avait pris rendez-vous. Elle croise ses jambes.

Le DRH : comment allez-vous madame LEONINE.

La femme : jusque-là ça va M. LABRAISE

Le DRH : que me voulez-vous à une heure aussi matinale ?

La femme : pour l’heure c’est votre secrétaire qui l’a fixée. J’aurais préféré plus tard, avec mon heure et demie de RER A aller et retour chaque jour, aujourd’hui j’ai dû m’organiser avec mon mari pour la crèche…

Le DRH : Ah oui, c’est à cause de la négociation de ce matin, sur l’égalité salariale, ma secrétaire Mme LETARD a cru bon de vous caler avant, des fois que la négo tirerait jusqu’à midi…

La femme : Eh bien justement, j’allais vous en parler

Le DRH : du déjeuner ?

La femme : non de l’égalité professionnelle

Le DRH : quoi, vous êtes syndiquée ?

La femme : non, mais je peux néanmoins avoir un avis sur la question

Le DRH : Eh bien ?

La femme : Eh bien voilà, je ne m’explique pas certaines différences de salaire. Figurez-vous que je gagne moins que M. MEKFEU, qui n’a qu’un BTS, alors que moi j’ai un Master 2…

Le DRH :… en droit des biens culturels, je crois

La femme : oui, certes, mais M. MEKFEU n’a qu’un BTS, or nous faisons la même chose, et M. BOUILLON, le délégué syndical, dit toujours « à travail égal, salaire égal ! ». Cette égalité de rémunération concerne tant le salaire de base que tous les autres avantages et accessoires (prime, avantage en nature, bonus, etc.) et ce, quelle que soit leur origine (convention ou accord collectif, usage, décision unilatérale).

Le DRH : mais ma parole vous faites acte de candidature pour travailler à la DRH ou auprès d’un syndicat ?

La femme : je veux juste gagner autant que M. MEKFEU. Je ne demande pas grand-chose, je veux juste gagner autant que lui.

Le DRH : M. MEKFEU a dix ans de plus que vous, il a été embauché avant vous et il est diplômé d’un BTS en logistique. Je vous rappelle que vous travaillez tous les deux au magasin. La logistique, ça peut servir…

La femme : certes, mais M. POTEAUFEU, délégué du personnel, dit que « toute discrimination en fonction du sexe est prohibée » et que la direction n’a qu’à aligner les salaires par le haut, comme ça y aura pas de jaloux

Le DRH : Ben voyons, et j’irai expliquer ça au patron avec des fleurs et il me remerciera pour cette idée géniale.

La femme : de toute façon ce matin, les camarades vont vous demander une situation comparée des femmes et des hommes.

Le DRH : soit, je m’y attendais figurez-vous, je n’ai pas peur moi.

La femme : Ah non ? Et comment expliquez-vous que votre secrétaire gagne plus que BOUILLON et POTEAUFEU réunis ?

Le DRH : Eh bien…

La femme : Et Madame PIERRAFEU, la secrétaire du patron ?

Le DRH : Eh bien… justement, ça fait une moyenne

La femme : Eh bien je suis mandatée par les syndicats pour vous sommer

Le DRH : me sommer ?

La femme : oui c’est le mot, on a cherché longtemps le mot qui correspondait le mieux à ce qu’on attend de vous

Le DRH : me sommer donc

La femme : vous sommer de :

Primo, ouvrir le poste de technicien sécurité aux femmes. Il n’y a pas de raisons que ce poste doté de multiples primes soit réservé aux hommes.

Deuxio, vous dédiez une enveloppe à la correction des écarts de salaire les plus criants qui sont constatés au sein de certaines classifications, à situation identique bien sûr…

Le DRH : bien sûr…

La femme : Enfin, concernant l’accès aux formations, vous vous assurez de prévoir des mesures temporaires bénéficiant aux seules femmes et visant à rétablir une égalité dans l’accès à la formation professionnelle.

Le DRH : très bien, et ce sera tout ?

La femme : et vous alignez mon salaire sur celui de MEKFEU. Alors ce sera tout.

Le DRH : sinon ?

La femme : sinon j’appelle votre femme, Madame LABRAISE, et M. PIERRAFEU, le mari de qui vous savez. Tous les deux seront sans doute très intéressés par les critères de promotion dont bénéficient les secrétaires de cette charmante petite entreprise…

 

Ceci est une fiction. Toute ressemblance ou similitude avec un personnage existant ou ayant existé ne serait que purement fortuite.