M. Bossedur : Bonjour M. AIRACHE, je viens car j’ai été convoqué.

DRH : asseyez vous M. Bossedur. Oui, hum, hum, je voulais vous parler des réseaux sociaux.

M. Bossedur : des réseaux sociaux ? C’est-à-dire ?

DRH : eh bien vous savez, Facebook, Twitter, Instagram et que sais-je encore.

M. Bossedur : je ne vois pas bien le rapport avec mon activité professionnelle, je pensais que vous alliez m’annoncer une augmentation.

DRH : Ah vous ne voyez pas ? Tiens donc, moi j’en vois un de rapport, et même plusieurs…

M. Bossedur : Ben non, je vois pas le rapport

DRH : et quand vous vous connectez régulièrement depuis votre poste de travail, et ceci pendant de longues minutes, vous ne voyez pas le rapport ?

M. Bossedur : …

DRH : Et quand on écrit sur Facebook que son DRH devrait se mettre au régime, on abuse pas un peu de la liberté d’expression, là ?

M. Bossedur : mais il s’agit d’une correspondance privée. Comment y avez vous eu accès ?

DRH : privée ? Mille deux cent cinquante amis, vous trouvez ça privé ?

M. Bossedur : c’est que j’ai beaucoup d’amis moi, voyez vous

DRH : et quelques ennemis qui m’ont imprimé vos moqueries. Ce n’est pas bien de se moquer de son prochain. D’ailleurs je n’ai pas de ventre, je suis juste un peu enrobé.

M. Bossedur : je suis d’accord avec vous M. AIRACHE, mais je vous rappelle que vous ne pouvez pas accéder à mon compte Facebook sans porter une atteinte disproportionnée et déloyale à ma vie privée. Et puis, si vous avez suivi la conversation en ligne, reconnaissez que beaucoup de mes amis et collègues ont liké mes propos.

Les sourcils du DRH restent figés dans un mélange de stupéfaction, d’indignation et de colère. Il fait un effort surhumain pour garder son calme (comme c’est écrit dans le dernier livre de Christophe André)

DRH : heureusement pour vos collègues le like n’est pas répréhensible. La seule mention « j’aime » à l’égard d’un texte rédigé par un autre salarié ne suffit pas à elle seule à caractériser une faute. Vos propos en revanche… Je note par ailleurs que vos digressions sont publiques, il me semble que vous n’avez pas utilisé les paramètres de confidentialité offerts par le site… Sans compter que les propos tenus par un salarié sur son compte Facebook affichés sur l’écran de l’ordinateur de l’entreprise et visibles des personnes présentes lui font perdre leur caractère privé.

Là, en garde à vue, c’est sûr, le type s’effondre et je le mets en examen direct…

M. Bossedur : vous voulez dire que vous allez me sanctionner ?

DRH : est-ce que vous avez été convoqué à un entretien préalable à sanction  ?

M. Bossedur : la lettre ne le précise pas.

DRH : est-ce que je vous ai offert la possibilité d’être assisté lors de cet entretien ?

M. Bossedur : ben non…

DRH : donc la réponse est non. Et pourtant, j’avais de quoi vous sanctionner lourdement.

M. Bossedur : parceque j’ai écrit que vous aviez de l’embompoint ?

DRH : non, parceque vous consultez frénétiquement les réseaux sociaux depuis votre poste de travail, VOUS CROYEZ QU’ON VOUS PAIE POUR SURFER SUR LES RESEAUX SOCIAUX ? Et puis il y a vos propos mal paramétrés sur Facebook… et puis il y a aussi…

M. Bossedur : …il y a aussi ?

DRH :  il y a votre arrêt maladie de la semaine dernière. C’était pourquoi déjà cet arrêt ?

M. Bossedur : pour un terrible mal de dos.

DRH : dans ce cas évitez de vous exhiber pendant votre arrêt maladie sur Facebook au festival de tango. J’ai peut-être de l’embonpoint mais je ne suis pas le perdreau de l’année. L’embonpoint me donne quelque rondeur dans la gestion des ressources humaines de cette vénérable entreprise, ce qui pourrait ne pas durer. Je vais bientôt attaquer un régime et rien que d’y penser ça me rend nerveux. Compris ?

M. Bossedur : compris M. AIRACHE, au revoir M. AIRACHE, bonne journée M. AIRACHE, mes hommages à Madame AIRACHE.