Le directeur général M. FROIDEVANT déboule dans le bureau du DRH M. AIRACHE.

DG (excité) : Je veux un conseil d’entreprise !

DRH (calme) : Bonjour M. FROIDEVANT. Que puis-je faire pour vous ?

DG (très excité) : JE VEUX MON CONSEIL D’ENTREPRISE !

DRH (interrogatif) : Vous-voulez un conseil… d’entreprise ?

DG (excédé) : oui, vous savez bien là, ce truc de la loi Macron pour les IRP…

DRH (moins calme) : … vous me parlez du Conseil Social et Economique ? Le coffret cadeau 3 en 1 qui remplace le CE, les DP, et le CHSCT… ? L’instance qui nous empêche désormais de diviser pour mieux régner ?

DG : mais non, je vous parle du Conseil d’entreprise, l’émanation du CSE. Figurez-vous que pas plus tard qu’hier soir, à la réunion du MEDEF, ils nous en ont parlé en présence de son président, GEOFFROY ROUX DE BEZIEUX. Et vous ne connaissez pas la meilleure ? Notre principal concurrent, MOULINO, (je le déteste, je le déteste) eh bien il l’a déjà mis en place dans son entreprise. Ils ne vous en ont pas parlé à l’ANDCP… ? (dont au passage je vous paie la cotisation)

DRH : Ah euh, si, bien sûr, mais par rapport à nous la boite de MOULINO fait le double de chiffre d’affaires et avec trois fois plus d’effectifs

DG : c’est bien pour ça qu’on va les écraser bientôt avec notre rentabilité à toute épreuve

DRH (pensif et se disant que son bas salaire contribuait à cette rentabilité) : pour en revenir au conseil d’entreprise, c’est nouveau, à votre place je ne me précipiterais pas…

DG : Et pourquoi donc ?

DRH : je ne suis pas sûr que vous en mesuriez toutes les conséquences. Êtes-vous prêt à faire de la cogestion ?

DG : cogestion ? kesako ?

DRH : Eh bien le conseil d’entreprise, c’est de la nitroglycérine. Une fois mis en place, il deviendrait le seul interlocuteur apte à négocier avec vous les conventions et accords collectifs. Négocier, conclure et réviser. Et en plus, il a le pouvoir de s’opposer à certaines décisions de l’employeur.

DG : oui eh bien ? ça fera les pieds à nos délégués syndicaux qui veulent jamais rien signer !

DRH : Certes M. FROIDEVANT, mais pour autant, faut-il donner les clés de la boutique au Conseil d’entreprise ?

DG : Comment ça leur donner les clés ?

DRH : Eh bien pour négocier vous ne serez plus cinq, comme actuellement, c’est-à-dire vous et les quatre délégués syndicaux, mais deux, c’est-à-dire vous et le conseil d’entreprise, à 50/50.

DG : …oui, bon, soit, mais ce sera plus simple à gérer…

DRH : …plus simple, plus simple, comme vous y allez. Certes, ce ne sera plus le DG négociant avec quatre délégués syndicaux aux intérêts divergents, ce sera le DG face à une seule structure, mais les délégués syndicaux, privés de leur pouvoir de négociation avec l’employeur, seront mis sur la touche par le conseil d’entreprise. Attendez-vous à ce que des délégués syndicaux revanchards nous le fassent payer cher, avec des revendications délirantes sur d’autres sujets à la clé. Les … osent tout, c’est d’ailleurs à cela qu’on les reconnaît.

Non, si vous voulez mon avis, le conseil d’entreprise nous ferait basculer dans l’autogestion, dans une sorte de pouvoir partagé sans garantie aucune de faciliter notre développement (c’est-à-dire absorber MOULINO), ni améliorer notre compétitivité (qui est déjà meilleure que celle de MOULINO), ni résister aux assauts de la concurrence (MOULINO encore et toujours), ni conquérir de nouveaux marchés.

DG : Oui mais en attendant, MOULINO a eu droit aux honneurs de GEOFFROY ROUX DE BEZIEUX, le président du MEDEF, qui l’a encensé… lui, MOULINO, ce bon à rien qui a hérité de la boite de son père alors que moi, sorti de nulle part, je me suis fait tout seul !

DRH : Je pense que MOULINO va s’en mordre les doigts. Il se rend déjà compte qu’il n’a plus les coudées aussi franches qu’avant. Je crois savoir que son DRH est déjà sur la sellette…

DG : …tout comme vous si l’avenir ne vous donne pas raison…