Après une semaine de permanence pénale consacrée aux mineurs (appelée aussi « commission d’office »), je prends conscience de la gravité de la situation pour nos gosses. Les jeunes sont dans la rue et ils le font savoir. Ils appellent cela un BLOCUS. On bloque les rues, on brûle des poubelles, on caillasse les forces de police, et ça monte crescendo.

Jusqu’où ?

Jusqu’à l’interpellation, la garde à vue, la présentation à un juge des enfants pour une mise en examen, puis le procès qui se déroulera quelques mois plus tard. Les parents tombent des nues. Je croyais mon enfant au collège ou au Lycée, bien à l’abris derrière les grilles. Et ils découvrent que leur enfant était devant les grilles, à bloquer les routes (le fameux blocus), installer des barricades, brûler des poubelles, et qu’il se retrouve en garde à vue, comme dans un mauvais film. Pour la première fois il est face à un avocat qui lui explique qu’il est là pour le défendre.

Me défendre ? Mais me défendre de quoi ? J’ai rien fait !

Certains parmi eux voulaient être gendarme…

Parmi ces enfants il y a ceux qui pleurent, qui ne comprennent pas, ceux qui nient toute implication, ceux qui reconnaissent une partie des faits, à demi-mots, ceux qui reconnaissent les faits dès la garde à vue, ceux qui tiennent jusqu’à la présentation devant le juge, ceux qui ne lâchent rien et sans doute aussi ceux qui étaient là par hasard ou qui manifestaient pacifiquement avant d’être pris dans la nasse.

Pourquoi ?

Les jeunes veulent faire comme les grands, les GILETS JAUNES. Folie collective. Certains vont au-delà, et ce sont les gilets jaunes qui cherchent à les calmer et ça finit en échauffourées. Jeunes contre gilets jaunes, on ne comprend plus rien.

Quand un juge des enfants leur demande pourquoi ils manifestaient, certains parviennent à balbutier le prix de l’essence, les taxes, Parcours sup, rarement plus. Le juge leur demande alors s’ils sont concernés par le prix de l’essence. Blanc… le jeune réfléchit, puis non, mais mes parents oui. Et puis c’est contre Macron…

Les jeunes sont gonflés à bloc par les RESEAUX SOCIAUX. « RDV demain devant le lycée, ça va chauffer ! ». Pénalement, ce type de message largement diffusé peut être qualifié d’incitation à la provocation d’un crime ou d’un délit.

Le jour J, l’EFFET DE GROUPE emporte tout. On ne réfléchit plus, on fait comme les autres. On cherche un projectile, d’ailleurs un « collègue » tend justement un caillou qu’on prend et qu’on jette sans réfléchir, on tente de brûler une poubelle avec un briquet et du white spirit. C’est la fête, on se sent enfin exister. On fait partie du mouvement.

Mais les caméras de vidéosurveillance enregistrent tout et la police repère les plus excités avant de les interpeller sans ménagement. Et c’est le drame. On n’a rien vu venir et on se sent traité comme un délinquant. « Il y a erreur madame le juge, j’vous jure ! »

Alors que faire ?

Tout le monde est dépassé par ce qui arrive : parents, proviseurs, force publique, magistrats, services sociaux, PJJ, avocats…

Pas de solution miracle. Prévention / répression. Pas le choix. PREVENTION des parents pour expliquer que jeter un caillou, brûler une poubelle, inciter à la castagne sur les réseaux sociaux c’est grave et que tout ceci peut mener très loin : interpellation, garde à vue, présentation à un juge, mise en examen, jugement, voire plus grave. Les forces de police sont à bout et nos gosses ont de l’énergie en reste, un drame est possible à tout moment.

D’ailleurs il faut que je vous laisse, j’ai 2 mots à dire à mes gosses…